Chapelle souterraine parisienne

 

 

 

 

Chapelle souterraine

 

parisienne.

 

 

 

Image : paris-bise-art

 

 

Ci-dessus, accès  à la chapelle* souterraine où Saint-Denis, au 3è s., évangélisait dans la clandestinité  les premiers chrétiens lutéciens. De nombreuses galeries de carrières inutilisées offraient un refuge opportun contre l'oppression romaine.

 

 

Image :paris-bise-art.

 

Crypte Notre-Dame-des-Champs

 

 

Située sous le n° 14bis de la rue Pierre-Nicole  dans le 5è arrondissement, il n'est plus possible actuellement de visiter ce lieu historique. L'escalier qui y accède est dégradé. La sécurité du visiteur n'est pas assurée.

L'immeuble construit sur la chapelle est érigé au milieu du 20è siècle sur la propriété de l'ancien Couvent des Carmélites "déchaussées", dit Carmel de l'Incarnation, dont l'entrée se situait rue du Faubourg Saint-Jacques.

Fondé en 1603 pour des religieuses dont les familles appartiennent à la grande noblesse, il est fermé à la Révolution en 1789 et détruit en 1797. 

 

 

 

Image : wikipedia

 

 

Couvent des Carmélites déchaussées.

Carmel

* Officiellement Crypte Notre-Dame-des-Champs :

ce lieu de rassemblement clandestin  était à l'époque en pleine campagne. Mesure de sécurité évidente ! Ses dimensions (27m x 3m) permettaient de regrouper un certain nombre de catéchumènes venus écouter Saint-Denis céphalophore.

 

Différent de Denys-l'Aréopagite !

Son ouvrage "De coelesti hierarchia" inspira profondément Maurice de Sully qui en 1160 se consacre à la construction de Notre-Dame-de-Paris.

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Les embarras de Paris au 17è s.

Les embarras de Paris ...

au 17è siècle.

"Jamais dedans une assemblée

De deux cent mille combattants

On ne peut voir en même temps

Tant d’attirail et de mêlée.

Que d’insensés et que de fous !

Tout est-il sens dessus dessous ?

De tous côtés on me dit : Gare !

Et je ne sais duquel tourner.

Dans cet horrible tintamarre

On n’entendrait pas Dieu tonner."

 

écrit Claude Le Petit *, ce à quoi lui répond François Colletet ** :

 "Car c’est un embarras étrange

Qu’un si grand coche dans la fange ;

C’est presqu’un village roulant

Qui n’avance que d’un pas lent,

Et qui trouve dedans les rues

Toujours quelques coques-cigrues,

Des carrosses et des charrois,

Qui l’arrêtent autant de fois,

Brisent essieu, disloquent roue

Et couvrent les passants de boue."

 

Et Paul Scarron *** d'ajouter :

 

"... Ces cochers ont beau se hâter,

Ils ont beau crier : Gare ! Gare !

Ils sont contraints de s’arrêter ;

Dans la presse rien ne démarre.

... Mais je commence à me lasser

D’être si longtemps dans la boue ;

Porteurs, laissez un peu passer

Ce carrosse, qu’il ne vous roue ! ..."

 

Image : histoire-image.org/

Cette scène montre non seulement un "embarras" de la capitale mais aussi un lieu historique : Henri IV sur le Pont Neuf, la colonnade  du Louvre, le clocher de Saint-Germain-l'Auxerrois et la façade de la Pompe de la Samaritaine qui puise l'eau de la Seine alimentant les fontaines parisiennes. 

 

* Claude Le Petit (1638-1662) étudie chez les Jésuites avant de se perdre avec des coquins parisiens, ce qui l’oblige à fuir en Italie. Puis en Espagne. A son retour dans la capitale, ses poésies jugées dangereuses et scandaleuses par l’Eglise le condamnent au bûcher à 24 ans.

** François Colletet  (1628-1680) se définit comme "poète crotté".  Moqué par Boileau.  Ancien soldat, très assidu dans les cabarets parisiens où il récite ses vers burlesques.

*** Paul  Scarron (1610-1660) - bien que malade durant toute sa vie, ce poète est apprécié des principaux cercles littéraires. Son épouse deviendra Madame de Maintenon. 

La boue de la capitale a toujours été une "plaie" dans sa renommée. Elle a tout de même contribué au  gagne-pain de jeunes garçons venus de la province pour y gagner leur vie. En effet, ils se sont astucieusement équipés de planchettes pour faire traverser l'obstacle infâme, moyennant un petit sou ou un sourire, et parfois les deux, à gente dame et joli monsieur dont les souliers et les atours étaient perdus à coup sûr. Sur la planchette ou sur leur dos, le tour est joué et la poche se remplit pour manger. Le salpêtre contenu dans la fange en étant la cause première. Presque tous savoyards, les petits gars !

A Paris, c'est la débrouille.  C'est aussi l'époque où, en raison des nuisances pestilentielles, on envisage de vider le Cimetière des Innocents.

 

***

Sortilège à Tombouctou !

 

 

 

Sortilège à Tombouctou !

 

 

 

 

 

 

 ... Un tapement feutré ...

 

Trois méharis bien réels et une voix qui la fait tressaillir. Julie se retourne avec appréhension. Du haut de sa selle en cuir rouge, adoucie par son taguelmoust indigo comme l’est aujourd’hui son burnous, la voix de Si Salah informe sèchement (du moins semble-t-il à Théo), qu’il part à la recherche d’un troupeau égaré. Deux hommes l’accompagnent et cette quatrième bête est pour son invitée. Ce disant, le Touareg  jette près d’elle un burnous blanc qu’elle ramasse comme un automate au pied du chameau qui s’agenouille dans un ample balancement. Sans réfléchir, elle se hisse sur la selle gothique et glissante, croise les pieds et s’accroche des deux mains à la croix d’Agadès du pommeau terni. Elle s’abandonne alors à l’impressionnante remontée de sa monture.  Fait un petit signe timide à Théo médusé. Et n’y pense plus.

 

 

Les trois méharis s’ébranlent en douceur afin de  permettre à l’étrangère d’entrer dans le rythme. Insensiblement ils accélèrent et les dos se cassent comme ceux de pantins articulés. Avec la vitesse, Julie perd très vite la cadence et se retrouve à contretemps sur une monture qui se soucie peu de son inexpérience.

 

Si Salah veille. Il ne la quitte pas des yeux. Ils sont maintenant côte à côte. Un cri sauvage retentit. Les deux bêtes ralentissent tandis que d’une célérité fulgurante le Touareg se saisit des rênes de Julie. Avant même qu’elle n’ait eu le temps de réaliser, elle est assise devant lui, encadrée de ses deux bras. Son burnous blanc lové tout contre l’homme bleu n’est plus que le cœur battant d’une fleur indigo aux pétales en folie.

 

Soudés l’un à l’autre, ils s’adonnent avec fougue à la démence d’un galop infernal. Prisonnière consentante, elle s’offre à l’extase de l’instant exceptionnel qui l’emporte là où tout est possible. Elle en accepte la chute sans se demander le moins du monde si c’est la dimension du sentiment ou celle de l’homme qui requiert l’absolu.

Le Touareg est impassible. Ses mâchoires sont crispées dans une attente qui s’accommode mal du différé. Au petit trot maintenant, ils se mêlent à leurs deux compagnons attentifs à scruter le sol et ses empreintes d’un regard circulaire cependant que le vent les emprisonne dans une conque hostile. L’harmattan crible la peau de clous invisibles comme des claques destinées à faire crépiter un reste de lucidité. Si tant est que ce soit encore possible. Si Salah remonte un pan du burnous devant le visage de la toubab  et le maintient serré d’une main possessive dont la lourde pression se fait éloquente. Julie se blottit au fond de l’anfractuosité de l’homme qui prend soin d’elle.

 

Des sons gutturaux, hachés de vide et avalés par le vent, leur parviennent avant que d’une nébuleuse de sable ne surgisse une caravane énorme et fantasmagorique de bêtes lourdement bâtées de sel, flanquées de chameliers à pied emmitouflés tels des paquets déficelés. L’apparition se profile comme dans un film au ralenti. Les salamaleks rugueuses s’entrechoquent  jusqu’à ce que  les voix ne portent déjà plus. L’opacité de la lumière de fin du jour aspire chameaux et burnous confondus qui évoluent dans le fantomatique. Dans l’indifférence de ceux pour qui c’est le lot quotidien.

 

Si Salah et les siens cheminent longuement.

 

L’oreille aux aguets, le regard fouineur, ils espèrent repérer des empreintes et qui sait, peut-être une carcasse fraîche, autant d’indices signant le passage d’un troupeau. Julie est absente ! L’étrangeté atteint le tréfonds de son âme. L’emprise envoûtante d’une drogue nommée désert lui fait entrevoir que la vraie vie commence maintenant. Elle flotte dans une autre dimension, une aura des sens qui mène à la transcendance floue d’une puissance indomptable. Sa destinée l’emmène sur le tapis volant d’une  capiteuse invite où la notion de temps a disparu.

 

Lorsqu’ils s’arrêtent pour bivouaquer, il fait déjà bien sombre. Les étoiles apparaissent une à une sans beaucoup éclairer. Ils sont  prisonniers d’un univers tout à la fois enfer et paradis. Misère et grandeur. Un univers où le temps des hommes est soumis à une mesure sans étalon. Où la vie et la mort se confondent en un cours parfaitement naturel. Où l’existence même est grandiose.

 

Le silence s’emballe dans une valse intemporelle dont chameaux et chameliers impavides ne sont que témoins indifférents.

 

Le vent, qui mollit au jour qui s’éteint, brosse dans le sable en suspension de pauvres bosquets d’épineux. Une esquisse sombre au fusain sur papier bistre. De ces buissons quasi fantomatiques surgit une voix rugissante de colère. Elle vocifère et l’on voit alors l’un des chameliers, qui s’était écarté pour satisfaire un besoin naturel, réapparaître accompagné d’un jeune garçon tenu par l’oreille sans aucun ménagement. Suivent dix-sept caprins faméliques.

L’homme explique comment il a découvert le garçon allongé sous la chèvre dont il buvait goulûment le lait. Il avait faim. Il avait soif. Malgré l’interdit qu’il connaissait fort bien, il n’avait d’autre solution pour survivre. Sa réputation est  compromise  à  jamais. Et on le lui fait clairement comprendre. Le regard méprisant de ses aînés le condamne sans appel. Il n’a aucun droit à la défense. Deux fois coupable.

 

Si Salah est furieux d’avoir perdu une partie de son troupeau dont il ne reste que ces bêtes épuisées. Un nomade, même semi-sédentarisé, n’accepte jamais une perte dont l’enjeu est intimement lié à la vie. Il n’a pas de terres et d’ailleurs comment les délimiterait-il ? Que pourrait-il en tirer ? Quelques chèvres, quelques chameaux et puis sa femme ... Lui, n’en a qu’une mais les Touaregs du grand désert en ont plusieurs. Ils se perpétuent à travers leur progéniture. Conjurent ainsi la mort. Prétendent sans le savoir à l’éternité. Troupeaux, femmes et enfants sont tout ce qu’ils possèdent. Posséder est leur forme de liberté, « liberté-pouvoir » de disposer et de détruire.

Si Salah est très affecté. Personne n’ose parler. Enfin, l’homme bleu se lève sans hâte, déplie sa haute taille avec majesté et s’écarte de ses compagnons.

 

Il prie.

 

Les chameliers le rejoignent pour la cinquième prière du jour puis aménagent pour l’étrangère un partage symbolique de l’espace : ils  suspendent  tout simplement une large chemise entre  deux  bâtons. Après quoi ils s’endorment  roulés en boule dans leurs grands burnous. Et la paix, le calme, le silence enveloppent les hommes et les bêtes fatigués.

...

Julie ne dort pas. Le pressentiment qui fut le sien a fait place à une absolue certitude. Un trouble impatient. Un besoin indomptable de se dépasser. Se confondre avec le fatal ? La sauvage et grandiose beauté qui la tient dans cet univers minéral, l’insolite de la situation la dominent malgré une esquisse de lucidité. Dès l’instant où Si Salah l’a fixée sur la piste d’atterrissage, elle savait  que cela arriverait. Elle a toujours su qu’il la possèderait. Son regard était la ponctuation anticipée d’une promesse. Elle n’est pas moins consciente qu’en tant que Touareg il a besoin de se surpasser, lui qui ne connaît qu’errance et incertitude, lui qui évolue dans la mouvance et l’insaisissable. Il va s’affirmer. La posséder, elle, l’hérétique, la chrétienne, la femme étrangère, la femme libre, celle qui sait beaucoup venant d’ailleurs et n’est rien ici. Il la possède déjà en esprit et la possèdera aussi longtemps qu’il le voudra. Lui.  Leur  appartenance est un élément commun de leurs destins réciproques face à une destinée bien différente pour chacun.

 

Et le nomade et sa proie se confondent dans une plénitude absolue d’où sont exclus conventions et tabous sans qu’un mot ne glisse entre les deux corps enchaînés et l’homme s’en retourne tranquillement près des siens.

...

 

L’aube n’est pas déjà prête et l’espièglerie des étoiles pétille encore de feux coquins.  Bien que couchés à même le sol, les hommes n’entendent pas un piétinement léger dans le moelleux du sable profond.

Une forme frêle les a suivis tant bien que mal.

Dès l’apaisement du vent, elle s’est orientée et ses sens exacerbés l’ont faite trottiner sans peine sur le bon chemin. Elle a examiné les empreintes de soles et  reconnu celles du chameau de son mari dont la fourchette du sabot est particulièrement longue. Son âne a témoigné d’une rare complicité, ne manifestant pour une fois aucune humeur récalcitrante. La chance est avec elle.  Sa détermination aussi.

 

Aatma se coule comme un reptile près de la couche où dort Julie dissimulée par la chemise. Bien qu’harassée, la nanzara porte sur le visage une sérénité insupportable. A genoux, Aatma écoute la respiration profonde et régulière. Elle épie un frémissement de la peau, évalue le plaisir qu’ils ...  Ses traits altérés sont un livre ouvert calligraphié de la violence, de la haine et de la sauvagerie de sa jalousie.

 

Sans hésiter, elle retire son talisman, pousse le réticule à une extrémité de la lanière en cuir, enroule trois fois ses deux index le plus loin possible de façon à avoir une prise solide, fixe le visage de sa rivale avec une détestation monstrueuse et, d’un geste précautionneux mais irréductible, avec une lenteur réfléchie et sans l’once d’une hésitation, elle glisse le cordon sous la tête prenant grand soin de ne pas tirer de cheveux, cerne délicatement le cou de son arme dont elle fait un tortillon noué de toute la rage de sa vengeance.

 

La jeune Touarègue serre. Elle serre très vite. Elle serre très fort. Elle serre si fort que ses doigts blanchissent. Engourdis. Longtemps, elle demeure figée de détermination ...

 

...

 

Extrait de Sortilège à Tombouctou.

 

Tombouctou est un lieu non seulement mythique mais aussi bien réel, ancien Empire Culturel de l'Afrique ... Sur la route du sel, au nord de la boucle du Niger qui le sépare de la falaise de Bandiaghara en Pays Dogon.

 

 

 

 

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t.

Les Vierges Noires.

 

 

 

Les Vierges Noires.

 

 

 

Aux temps anciens du paganisme, la statue d'une divinité n'était pas honorée en tant que divinité elle-même. La statue représentait une "image" dans laquelle résidait  une minuscule parcelle d'une puissance (à forme humaine) qui dépassait celle de l'être humain. Cette puissance ne durait que le temps du rite, du rituel qui lui était consacré. D'où la nécessité de les pratiquer en permanence, de  présenter des offrandes qu'en remerciement la déesse honorait de ses bienfaits.

 

Isis a sans doute été la Vierge Noire, naturellement noire par son origine,  la plus connue et la plus vénérée. Dans l'Egypte antique mais aussi à Lutèce. Et peut-être même avant l'invasion romaine au 1er siècle. Portant sur sa tête le globe solaire posé dans un croissant de Lune, elle était le symbole de l'aspect lumineux mais aussi obscur  du monde universel.  La richesse nourricière de la Terre et son obscurité inquiétante et cachée.

 

Elle se targuait que personne n'ait jamais soulevé son voile ! D'où le respect, la crainte, le mystère. Les forces noires obscures opposées à la Lumière ? L'alchimie, la magie ... N'avait-elle pas cherché pour le reconstituer tous les morceaux de son  frère et époux Osiris dont le propre frère, Seth, avait démembré le corps avant de le jeter dans le Nil   ?

 

En Occident, les grandes divinités primitives  qui se succèdent au gré des invasions   possédaient aussi un dualisme universel évident. La nature humaine doit en avoir besoin ! Les Vierges* Noires chrétiennes en ont-elles hérité ? Une des premières représentations de la Vierge Marie n'était-elle pas à l'image d'Isis portant son fils Horus sur les genoux.

 

Mères, origines de la vie.

 

 

 

Image : paris-sortileges.fr

 

Isis et son fils Horus.

 

 

 

Image : matricien.wordpress.com

 

Vierge Noire chrétienne de Montserrat.

 

 

 

 

La Vierge Noire de Montserrat, en Catalogne, était liée à des rites de fécondité, sexualité et fertilité qui sont plus païens que chrétiens. Que la tradition perpétue la danse circulaire qui n'est pas sans rappeler les danses orgiaques est pour le moins étonnant pour une célébration qui se dit chrétienne !

 

Vierges Noires ?

 

Noires pour certaines par la nature du bois, puis probablement salies et noircies par les bougies et les onctions d'huiles  des fidèles sur leurs visages et  leurs mains. Les premières créations héritaient à l'évidence de la mémoire païenne et les statues païennes coexistèrent longtemps en tant que témoins involontaires. Une croyance ne s'efface pas instantanément. A la demande ! Les temples isiaques persistèrent aussi longtemps avant que des chapelles chrétiennes n'utilisent leurs fondations. Sur un lieu sacré on bâtit un édifice sacré !

 

Quant à la Vierge de Montserrat, taillée dans le bois à la fin du 12è s., appelée affectueusement en catalan Moreneta, la petite noire, on sait que pour peindre sa carnation du carbonate de plomb additionné de céruse fut utilisé. Or, le "blanc de plomb" vieillit mal et se transforme en plattnérite noire sans possibilité de retrouver la couleur d'origine.

 

 

La Vierge  Noire  porte  presque toujours une couronne : en tant que Reine  des Cieux. Son royaume est la Lune, les étoiles mais aussi le Soleil. Bref, le monde.

 

L'Eglise ne fut pas toujours d'accord ! 

 

Tenta avec prudence d'en limiter le culte sans pour autant éloigner les fidèles. 

Il reste tout de même 500 Vierges Noires en France ...

 

La Déesse-Mère noire demeura dans l'esprit des lettrés, des érudits. Au tournant du 5è - 6è s., quand son culte périclita en Egypte et en Europe, les Vierges Noires supposées chrétiennes, mais reflétant vraisemblablement les anciennes croyances, n'étaient pas rares. Certaines sont encore célèbres comme la Vierge Noire de Rocamadour et encore celle du Puy-en-Velay. Celles-ci parmi tant d'autres.

 

Image : webcompostella.com

 

Notre-Dame de Rocamadour - Dordogne - F.

 

 

La statue de Roc-Amadour date du 12è s. et l'on ignore toujours pourquoi elle a noirci après avoir été polychrome. 

 

Quant à celle de Saint-Germain-des-Prés à Paris, vénérée pendant des siècles et entourée de cierges et de lampes à huile en permanence, elle n'était autre que la statue d'Isis elle-même   qui avait survécu à la destruction de l'abbaye, elle-même élevée sur son propreTemple.   Confondue par les fidèles avec la Vierge Marie jusqu'à ce qu'elle soit abattue comme usurpatrice !

 

" Jusqu'en 1514, où elle est abattue, veille une statue d'Isis,  maigre, haute, droite et noire, pour son antiquité, nue sinon quelque linge autour de ses membres, située contre la muraille du côté septentrional de l'église Saint-Germain-des-Prés  ... "  dit l'Abbé de Breuil.**

 

 

* On appelait « Vierges » les anciennes prêtresses de la Lune. Une Vierge était  une femme qui  n’appartenait à aucun homme – elle était donc une « femme  entière ».     Vierge vient du latin virgo,  force, habileté. Qualités qu'on peut facilement retrouver chez les déesses païennes !

 

** L'Abbé de Breuil publie en 1639 Le Théâtre des Antiquités de Paris dans lequel nous retrouvons les survivances païennes.

 

 

Isis, la parisienne, est depuis toujours omniprésente dans l'Histoire de notre capitale.

 

 

 

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Gouffre de Cabrespine.

 

 

 

Gouffre de Cabrespine.

 

 

Le plus grand gouffre connu

 

en Europe.

 

 

 

 

 

 

Photo : Karim Benhadji

 

 

 

 

 

Dans le gouffre du village de Cabrespine, au nord-est de Carcassonne, on découvre la richesse du sous-sol de la Montagne noire*  (nord-est du département de l'Aude), dont les couleurs chaudes ocre rouge déclenchent stupeur et émerveillement du visiteur.

 

 

 

 

 

L'eau a creusé la roche durant des millions d'années jusqu'à forer un gouffre large de 180 m. et de 250 m de profondeur au fond duquel dort une rivière souterraine, sur un lit de marbre bleu, qui ressort à l'air libre au pied des Châteaux de Lastours. 17 kms plus loin.

 

Dans un ensemble calcaire, des cristaux de calcite et d'aragonite, souvent colorés en ocre foncé par les oxydes métalliques de manganèse et de fer, forment d'énormes grappes, dentelles, éventails, cascades ou plateaux suspendus dont le poids est considérable.

 

Piliers, stalactites et stalagmites, "macaronis"**, colonnes et autres découpes fantastiques font de l'intérieur de la Terre un lieu fascinant face à la puissance et à la patience de la vie intime de notre planète.

 

Une cathédrale minérale,

 

voici ce qu'est le Gouffre géant de Cabrespine !

 

En y pénétrant on fait instantanément abstraction du monde extérieur.  On en ressort complètement  ahuri !

 

 

 

 

 

Photo : Karim Benhadji

 

 

 

Et devant cette immensité sidérante aux parois découpées et dentelées par le temps, il n'est qu'une passerelle de verre sur un vide impressionnant qui  permette d'en découvrir  l'ensemble. Toute photo est frustrante.

 

 

 

 

 

Image : clubphotoars16.pro/gouffre-geant-de-cabrespine/

 

 

 

 

Passerelle métallique de 8 m. de long

 

qui se termine par une plateforme de verre.

 

Le parcours confortable effectué à pied par le visiteur "ordinaire" est bien loin de celui qui est offert aux "aventureux". Il nous est ainsi décrit ci-dessous par Aude-Tourisme.

 

"Affrontez à flanc de falaise le grand escalier de fer  d’une hauteur de 80m  avant de vous engager sur la grande coulée des explorateurs, pour atteindre la tyrolienne du vertige et parvenir grâce à un pont acrobatique situé 40m au-dessus du vide sur la plateforme des perles. Après un passage devant le sanctuaire des chauves souris, un pont Népalais vous permettra de dominer le fond de la grande salle aménagée du Gouffre.
Pour les plus courageux d’entre vous, tentez l’expérience ultime avec la tyrolienne de l’enfer et élancez-vous 90 m au-dessus du vide pour atteindre la grande cascade pétrifiée d’une hauteur totale de 120m
."

 

 

 

Image : audetourisme.com

 

 

 

Image : audetourisme.com

 

 

 

 

* La Montange Noire, piémont sud du Massif Central, fait partie des  plus vieilles montagnes françaises  comme les Vosges, les Ardennes et le Massif Armoricain. Elle a surgi à l'ère primaire, il y a bien plus que 300 millions d'années. La Montagne Noire disparaît à l'ouest et au sud du département  à l'approche de Carcassonne. Son nom ? L' épaisseur des forêts qui la recouvren.

 

 

 

 

La Montange Noire et le département de l'Aude.

**

 

** Les macaronis sont des stalagtites creusesà l'intérieur desquelles l'eau s'écoule pour se solidifier en cercle à leur extrémité.

 

 

 

Le Gouffre de Cabrespine

 

est classé au

 

Patrimoine Mondial de l'Unesco.

 

 

 

 

 

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Où est le second obélisque parisien ?

 

 

 

Où est

 

le second obélisque parisien ?

 

1730

 

Cette année là, un obélisque en marbre blanc, haut de 10.72 m., est placé au nord, dans l'aile gauche du transept de l'église parisienne Saint-Sulpice *. Il ne vient pas d'Egypte.

 

En face de lui, donc au sud, dans l'aile droite du transept, posée à l'intérieur du vitrail à 24 m. de haut,  une lentille lui fait face et laisse passer les rayons solaires tout au long du jour.

 

Pourquoi ?

 

L'obélisque sert de cadran solaire, remplaçant le bâton antique et traditionnel qui permet aux anciens de mesurer la projection de son ombre sur le sol lors de la course du soleil. Lui aussi indique l'heure. On l'appelle gnomon**.

 

Afin de fixer la date de la Pâque chrétienne***, traditionnellement prévue pour le premier dimanche suivant la Pleine Lune de printemps, on doit donc connaître la date de l'équinoxe de printemps ! Et pour cela, le cadran solaire devient indispensable.

 

D'où l'idée de l'obélisque sur lequel on repère la hauteur des rayons du soleil tout au long de l'année. Lorsque les rayons sont bas, ils suivent le trajet d'un fil de laiton incrusté dans le dallage. Il trâce le parcours lentille-obélisque donc les deux points cardinaux nord - sud. On l'appelle le méridien de Saint-Sulpice.

 

 

 

 

www.pariszigzag.fr

 

 

 

 

 Image  : commons.wikimedia.org/ 

 

 

Obélisque parcouru  par le fil de laiton venant du sol jusqu'à son sommet.

 

 

 

Image : pariszigzag.fr

 

 

Les deux œilletons du gnomon, localisés dans le vitrail sud du transept.

 

Selon la saison et la hauteur du soleil, les rayons traversent l'un ou l'autre.

 

 

 

 

 

 

Une plaque de marbre sur le parcours du rayon solaire indique le solstice d'été. Quant au solstice d'hiver, il est au sommet de l'obélisque. Les deux équinoxes sont repérées par un cercle en laiton situé au bord du choeur.

 

 

Le vitrail a une troisième ouverture,plus grande, permettant d'inclure une autre lentille. Elle sert à mesurer l'obliquité de l'écliptique. Elle est l'oeuvre patiente et assidue d'un passionné qui pendant 46 ans (1745-1791) inscrit à chaque solstice d'été l'image précise et concentrée du rayon  du soleil sur le sol à midi. Les variations de l'impact - donc de l'écliptique**** - sont ainsi de 46,85 secondes d'arc par siècle !

 

 

 

 

 

 

Image : wikipedia.fr

 

 

*  Saint-Sulpice, 2, rue Palatine - 75006 - Paris

 

**  Un gnomon, en grec, est une équerre ou un cadran solaire. Le latin est plus général, il signifie moyen de savoir, c’est-à-dire instrument qui permet de connaître en discernant avec précision.

 

 

*** C’est cet obélisque et le dispositif du gnomon qui ont fait la première réputation de Saint-Sulpice. Ils ont été commandés dans les années 1730 par l’ingénieux curé Jean-Baptiste-Joseph Languet De Cergy afin de déterminer précisément l’équinoxe de mars et pouvoir ainsi connaître la date exacte de Pâques.

 

**** L'obliquité de l'écliptique était de 23° 28' 40.69"  en 1744.

 

 

 

 Le gnomon a été utilisé par les urbanistes romains qui construisirent les rues perpendiculaires orientées selon les quatre points cardinaux de la ville de Lutèce. 

 

Le gnomon grec, ou équerre, donna la groma latine de l'ancienne Rome mais est aussi l' ancêtre de l'équerrette des géomètres à partir du 19è siècle.

 

 

Image : wikipedia.fr

 

 

 

***

 

 

 

 

 

Le riz et la pluie. Conte pour enfants.

 

Le Riz et la Pluie.

*

Grand-père Rani est Bengali.

Image : routard.com

Grand-père Rani est très inquiet.

Il a une immense famille,

Beaucoup d’enfants à la maison,

Des enfants qui, comme tous les Bengalis,

Ne mangent que du riz.

 

Or, la mousson est en retard et

Tous les paysans bengali attendent la pluie

Pour que pousse le riz.

 

Sans pluie, pas de riz.

Image : wordpress.fr

Oh, une grosse averse a bien rempli la rizière ...

Grands et petits se sont alors précipités

Pour planter les jeunes pousses de riz.

 

Image : vikidia;org

Et puis la terre a bu la pluie, le soleil a évaporé le reste et les pousses de riz ont jauni.

Le jeune riz va mourir

Si ne tombe la pluie.

Peut-être le ciel est-il mécontent des hommes, dit Grand-père Rani ?

Il emprunte alors quelques roupies afin de les offrir en présent au Dieu de la Pluie. Hélas, le Dieu ne fait pas tomber la pluie.

Sans pluie, pas de riz.

Grand-père Rani se lamente. Il décide de vendre son trésor : le Buffle si utile pour labourer la rizière mais la pauvre bête est si maigre qu’elle ne rapporte que quelques poignées de riz.

Pourquoi ne pas le manger puisqu’il n’y a plus de riz ?

Interdit !

Les animaux sont sacrés !

 

A leur place, on mange du riz, mais pas de riz sans la pluie.

Oui, pas de pluie, pas de riz.

Comme un malheur n’arrive jamais seul une tornade se déclenche.

Le vent annonce-t-il la mousson ? Hélas, non. Toujours pas de pluie.

Le vent fait tomber toutes ls mangues, les noix de coco aussi mais   cela ne remplace pas le riz.

Grand-père Rani réunit les enfants.

Ramassez toutes les bouses de vache, nous en ferons des galettes que le soleil sèchera. Vous les vendrez au marché où de plus riches que nous les achèteront pour cuire leur nourriture.

Image : wordpress.com

Pas de pluie peut-être ...

mais du soleil nous en avons !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Hélas, le marché rapporte quelques roupies bien insuffisantes pour nourrir une si grande famille.

Grand-père Rani pleure.

Les enfants tombent malades.

Pas d’argent,

 pas de médicament

et,

dans la poche de Grand-père Rani,

Ne reste qu’une seule roupie ...

 

Image : 123rf.com/

Alors, il achète une seule poignée de riz qu’il offre encore en cadeau au Dieu de la Pluie tandis que femmes et enfants glanent des brindilles de margousier qu’ils vendent dans la rue : le Bengali les mordille toute la journée. Ca trompe la faim et ça fait les dents blanches.

Et voici que le Dieu de la Pluie a pitié de grand-père Rani et de tous les Bengalis.

Le Ciel devient tout noir,

Le Vent s’élève en rafales,

Le Tonnerre gronde,

Les Oiseaux se taisent ...

Image : Image :wakeupinfo.fr

Des éclairs étincellants zèbrent le ciel ... et d’énormes gouttes chaudes s’écrasent sur la peau des enfants, des torrents inondent les crevasses de la terre et des hurlements de joie retentissent.

Image : www.childrenshome.

Les enfants tirent la langue pour avaler

la pluie !

S’en nourrir comme de riz.

Tous les Bengalis réunis rendent grâce au Dieu de la Pluie et grand-père Rani, accroupi sous la pluie, regarde s’emplir la rizière.

Or, ... elle s’emplit si vite qu’il murmure affolé : pourvu qu’il n’y ait pas trop de pluie ! Pauvre Grand-père Rani ...

Sans pluie, pas de rizière,

Trop de pluie, plus de rizière,

Plus de rizière, pas de riz . 

Pas de riz, pas de vie.

 

Que Dieu veille sur  tous les Bengalis  !

-:-:-

Saint-Julien-le-Pauvre

 

Saint-Julien-le-Pauvre.

Image : wikipedia

Saint-Julien-le-Pauvre*, une des premières églises mérovingiennes de Paris, est construit au 6è s. au centre d'un hospice destiné à accueillir toute personne qui 'chemine', c'est-à-dire le pélerin ou le voyageur qui emprunte les grands chemins - à pied - évidemment. Lorsque les Normands envahissent Paris, au 9è s., ils saccagent une grande partie des monuments et Saint-Julien-le-Pauvre n'y échappe pas.

Les abbés de Longpont, des clunisiens, le rebâtissent plus d'un siècle plus tard. Le style mérovingien est alors un peu transformé. Nous sommes en 1170.

Situé sur la rive gauche de la Seine, presque en face de Notre-Dame d'ailleurs en construction elle aussi, Saint-Julien-le-Pauvre est dans une zone inondable, en contrebas du quai Montebello, dans le 5è ar. En témoigne la vieille rue des Degrés, non loin de là !

Image : nouvelhay.com

Au 12è s. et  jusqu'au milieu du  13è s., l'église est animée par la vie estudiantine du quartier. La "basoche". Les escholiers indisciplinés chahutent dans les rues alentour, rue de la Bûcherie, rue des Ecoles, rue Galande mais lorsqu'ils arrivent rue du Fouarre, ils s'asseoient sur des balles de foin prises rue au Foin, sur des bûches, les marches d'une maison ou encore un appui de fenêtre pour écouter le cours.

Pas besoin de montres pour être à l'heure ! Les églises et abbayes du quartier sonnent en même temps tout au long du jour pour annoncer les prières et les offices dont les horaires sont connus de tous. Quant à la cloche de Saint-Julien-le-Pauvre elle appelle ce petit monde avide d'apprendre. Dès 5 h. du matin en été et 6 h en hiver. Pas de grasse matinée ...

Lorsque au milieu du 13 è s., Robert-le-Sorbon  organise l'Université et crée de nombreux "collèges" dans la quartier "latin", l'église est un peu oubliée.

Prêtée à l'Hôtel-Dieu au 17è s. pour lui servir de chapelle, elle se transforme en grenier à sel sous la Révolution. Retrouve en 1826 sa vocation première mais à la fin du 19è s., adopte le culte grec melkite** catholique sous la dépendance du Patriarche d'Antioche. Son iconostase magnifique que viennent admirer de nombreux touristes est rénovée en 2012.

Image : Isabelle Demangeat.

Iconostase en bois marqueté due à Georges Bitat, artiste venu de Damas.

Elle date de 1890.

L'iconostase est une paroi en bois recouverte d'icones dont les personnages représentés transmettent au Christ les prières des fidèles. Le rôle de l'iconostase est de séparer l'officiant des fidèles, d'isoler la nef représentant le monde des hommes du sanctuaire symbolisant le monde divin.

Image : facebook.com

Iconostase ouverte sur le sanctuaire.

*  Eglise dédiée à Saint Julien l'Hospitalier dont la légende est illustrée par une sculpture au n° 42, rue Galande. On raconte que Julien, jeune adolescent né dans une famille riche, apprend d'un cerf qu'il sera le meurtrier de ses parents. Effrayé par ce présage, il s'enfuit très loin d'eux afin de les protéger. Puis prend épouse. Or ses parents le recherchent toujours. Un soir, ils demandent asile à sa femme qui les accueille volontiers et leur propose d'attendre Julien. Hélas, en rentrant, celui-ci croit voir dans la chambre sa femme et un amant.  Il les tue. En reconnaissant ses parents, désespéré, il renonce à son héritage et se consacre aux malheureux.

Image : wikipedia

Bas-relief du 42, rue Galande - 5è ar.

Julien et sa femme vivent au bord d'une rivière qu'un jour ils font traverser à un lépreux. Soudain, apparaît une auréole sur la tête du lépreux ... qui était le Christ venu apporter au meurtrier la rémission de son péché.  

C'est ce que raconte la barque de la rue Galande dont le bas-relief date du 14è siècle.

** Melkite  vient du syriaque malka, signifiant roi, empereur. En 451, lors du Concile de Chalcédoine, les chrétiens sous la dépendance des patriarches d'Antioche, Jérusalem et Alexandrie déclarent rester fidèles à l'empereur de Constantinople.

Tout près de l'église Saint-Julien-le-Pauvre pousse un arbre majestueux qui mérite d'être admiré de près.

 ***

Du lupanar à la maison close.

 

 

 

Du Lupanar à la Maison close.

 

 

 

La Rome antique priviligie le lupanar où hommes et femmes se retrouvent pour des plaisirs non dissimulésn organisés, codifiés. De nombreuses mosaïques explicitent sans ambiguité leur activité.

Les prostituées romaines sont qualifiées de louves (d'où lupanar). Peur-être en référence aux cris qu'elles poussent pour attirer les hommes mais plus certainement pour leur voracité sexuelle.

 

La prostitution est une activité lucrative reconnue en tant qu'échange sexuel négociable et rémunéré. Paris n'est pas en reste. Au Moyen-Age, les lieux de prostitution, tolérés ou interdits, c'est selon la politique du moment, prolifèrent à l'intérieur de l'enceinte de Philippe Auguste jusqu'à ce qu'ils soient rejetés hors les murs, où ils ne sont pas moins nombreux. Pas besoin d'enseigne, pas besoin de publicité, les noms de rues (ou plutôt de ruelles) qui les abritent parlent d'eux-mêmes !

 

Rue Brisemiche

 

 

Rue Brisemiche*, rue du Cygne**, rue Gratte-cul ou du Poil-au-con, rue de la Pute-y-muse***, pour ne citer que quelques noms les plus cocasses mais non moins évocateurs, sont des lieux souvent sordides et cependant très fréquentés. Qu'on soit membre de l'Eglise ou de l'Etat, personne n'est exclu ... du moment qu'il paye.

 

Après avoir décrété l'interdiction de la prostitution, Louis IX prêche la tolérance. Tolérance oui, mais loin des habitations de braves gens indignés. On construit alors des cabanons au bord de la Seine, les bordiaux où les prostituées deviennent  les bordelières.

 

D'où le nom de bordel.

 

Quelques années plus tard, Louis XI organise et réglemente cette profession qui a toujours autant de succès. Les "bordelières" reviennent dans Paris mais ne pratiquent que dans des Maisons closes régies par la loi et ce, sous certaines conditions :

 

- n'investir que les rues autorisées,

- s'installer dans des maisons dont les volets ou les rideaux sont parfaitement clos et de préférence pas en rez-de-chaussée,

- annoncer l'activité professionnelle par une lanterne rouge que la tenancière allume pendant les  "heures de travail",

- imposer aux bordelières de ne sortir qu'en compagnie de la tenancière et seulement les jours  permis par la loi.

 

La Maison étant close,

 

la morale est sauve !

 

 

Au 15è s., il leur est strictement interdit de sortir vêtues d'une manière  permettant d'identifier leur profession. Sont proscrits : fourrures, frou-frous, décolletés plongeants, ceintures dorées et rutilantes,  plumes ... Signes parfaitement reconnaissables d'un négligé coquin et plutôt aguicheur !

 

Il ne fait pas bon être surprise en flagrant-délit d'activité au 17è et 18è siècles où l'asile psychiatrique, ou la prison****, accueillent ces "filles de joie"  qui scandalisent les enfants et les femmes vertueuses.

 

Quant à Napoléon, il les fait suivre tous les mois par un médecin afin d'éviter d'éventuelles épidémies et diminuer la transmission des maladies vénériennes et en particulier de la syphilis. Moyennant quoi il légalise la prostitution en France. Les maisons closes s'annoncent comme des hôtels.

 

La rue Brisemiche en 1903.

Eau-forte d'Eugène Béjot - 1867-1931

(BNF) photo

 

 

La légalisation provoque l'explosion des Maisons closes, y compris de luxe dans des hôtels particuliers, entre les guerres de 1870 et 1940. Les scandales écclésiastiques et politiques se multiplient et font la première page des journaux. 

 

Or, une ancienne prostituée, Marthe Richard, bien que n'étant pas députée, réussit à faire voter une loi de fermeture.  Elle est appliquée le 6 novembre 1946.

 

La loi est toujours en vigueur.

 

 

*

 

* Rue Brise-Miche existe encore en bordure de Saint-Merri- 75001.

  • Elle est la seule rue à ne pas avoir été débaptisée parce qu'on pouvait penser qu'elle faisait référence aux petits pains distribués aux chanoines de l'église Saint-Merri !
  •  
  • Pudeur ou malice ?
  •  

** Rue du cygne est située entre la rue Turbigo et Bd Sébastopol - 75001

 

*** Rue de la Pute-y-muse, rebaptisée rue du Petit-musc, entre rue Saint-Antoine et le quai des Célestins - 75004

 

**** C'est l'Hôpital de la Salpétrière qui, dès le milieu du 18è s.,  accueille par charrettes entières les "filles de joie" ramassées par les sergents de la ville de Paris.  

 

 

 

***

 

Les enfants du Mali.

 

 

 

Les enfants du Mali.

 

 

 

 

 

 

Village malien

 

 

 

Qu’il fait chaud, se lamente Moussa

 

qui s’étire lentement comme un chat.

 

 

*

 

Dépêche-toi, crie Ali,

 

le Maître se fâchera.

 

*

 

Je n’irai pas, pleurniche l’enfant,

 

je préfère encore piler le mil de maman !

 

 

 

Image : la-croix.com/2019

 

 

 

Tant pis pour toi, dit son frère

 

qui détale vers l’école comme une flèche,

 

soulevant la poussière jaune sous ses pieds nus.

 

*

 

Le Maître attend devant la porte.

 

*

 

Salam, dit Ali en s’inclinant.

 

Salam, répond le Maître à l’enfant.

 

 

A l’intérieur de la case rose abritée du soleil sous un arbre centenaire, les enfants sont assis en tailleur. Chacun tient une tablette posée sur ses genoux. Au signal, ils récitent en cadence et d’une voix monocorde des versets du Coran.

 

 

 

 

Image : lemonde.fr/

Elèves dans une école au Mali, en 2018. LCP

 

 

 

 

La prière se termine.

 

 

*

 

La classe peut commencer.

 

*

 

Sur le tableau, le Maître écrit des mots.

 

Modibo ânonne et fait des euh ... en se tortillant.

 

Tous les enfants éclatent de rire.

 

Le Maître rétablit l’ordre d’un coup de baguette,

 

cinglant la semelle de sa babouche.

 

 

 

 

Image :  issafrica.org

 

 

*

 

Dans la classe, c'est soudain le silence.

 

*

 

C’est au tour de Bibo d’être interrogé.

 

Bibo ? Un rigolo !

 

Pas bête mais comédien. Il aime qu’on le regarde. Alors, il fait le clown. Lève un sourcil en accent circonflexe, gonfle ses joues en œuf d’autruche et les dégonfle avec un bruit suspect !  

 

L’hilarité est générale.

 

 

 

 

Image : afric.online/fr

 

 

 

Comme d’habitude, Bibo ne sait pas.

 

Comme d’habitude, Bibo est puni.

 

 

*

 

Tu écriras cent fois ce verset du Coran,

 

dit le Maître à l’enfant.

 

 

*

 

Le lendemain, Bibo est interrogé.

 

Il sait !

 

Il sait même parfaitement son verset du Coran.

 

 

*

 

Bibo est puni si souvent qu’un jour il saura par cœur presque tout le Coran et c’est lui qui l’apprendra aux autres enfants du pays.


 

 

 

 

Image : maliactu.net

 

 

 

 D'après une idée de Marie-France Arnold.

 

***