Du lupanar à la maison close.

 

 

 

Du Lupanar à la Maison close.

 

 

 

La Rome antique priviligie le lupanar où hommes et femmes se retrouvent pour des plaisirs non dissimulésn organisés, codifiés. De nombreuses mosaïques explicitent sans ambiguité leur activité.

Les prostituées romaines sont qualifiées de louves (d'où lupanar). Peur-être en référence aux cris qu'elles poussent pour attirer les hommes mais plus certainement pour leur voracité sexuelle.

 

La prostitution est une activité lucrative reconnue en tant qu'échange sexuel négociable et rémunéré. Paris n'est pas en reste. Au Moyen-Age, les lieux de prostitution, tolérés ou interdits, c'est selon la politique du moment, prolifèrent à l'intérieur de l'enceinte de Philippe Auguste jusqu'à ce qu'ils soient rejetés hors les murs, où ils ne sont pas moins nombreux. Pas besoin d'enseigne, pas besoin de publicité, les noms de rues (ou plutôt de ruelles) qui les abritent parlent d'eux-mêmes !

 

Rue Brisemiche

 

 

Rue Brisemiche*, rue du Cygne**, rue Gratte-cul ou du Poil-au-con, rue de la Pute-y-muse***, pour ne citer que quelques noms les plus cocasses mais non moins évocateurs, sont des lieux souvent sordides et cependant très fréquentés. Qu'on soit membre de l'Eglise ou de l'Etat, personne n'est exclu ... du moment qu'il paye.

 

Après avoir décrété l'interdiction de la prostitution, Louis IX prêche la tolérance. Tolérance oui, mais loin des habitations de braves gens indignés. On construit alors des cabanons au bord de la Seine, les bordiaux où les prostituées deviennent  les bordelières.

 

D'où le nom de bordel.

 

Quelques années plus tard, Louis XI organise et réglemente cette profession qui a toujours autant de succès. Les "bordelières" reviennent dans Paris mais ne pratiquent que dans des Maisons closes régies par la loi et ce, sous certaines conditions :

 

- n'investir que les rues autorisées,

- s'installer dans des maisons dont les volets ou les rideaux sont parfaitement clos et de préférence pas en rez-de-chaussée,

- annoncer l'activité professionnelle par une lanterne rouge que la tenancière allume pendant les  "heures de travail",

- imposer aux bordelières de ne sortir qu'en compagnie de la tenancière et seulement les jours  permis par la loi.

 

La Maison étant close,

 

la morale est sauve !

 

 

Au 15è s., il leur est strictement interdit de sortir vêtues d'une manière  permettant d'identifier leur profession. Sont proscrits : fourrures, frou-frous, décolletés plongeants, ceintures dorées et rutilantes,  plumes ... Signes parfaitement reconnaissables d'un négligé coquin et plutôt aguicheur !

 

Il ne fait pas bon être surprise en flagrant-délit d'activité au 17è et 18è siècles où l'asile psychiatrique, ou la prison****, accueillent ces "filles de joie"  qui scandalisent les enfants et les femmes vertueuses.

 

Quant à Napoléon, il les fait suivre tous les mois par un médecin afin d'éviter d'éventuelles épidémies et diminuer la transmission des maladies vénériennes et en particulier de la syphilis. Moyennant quoi il légalise la prostitution en France. Les maisons closes s'annoncent comme des hôtels.

 

La rue Brisemiche en 1903.

Eau-forte d'Eugène Béjot - 1867-1931

(BNF) photo

 

 

La légalisation provoque l'explosion des Maisons closes, y compris de luxe dans des hôtels particuliers, entre les guerres de 1870 et 1940. Les scandales écclésiastiques et politiques se multiplient et font la première page des journaux. 

 

Or, une ancienne prostituée, Marthe Richard, bien que n'étant pas députée, réussit à faire voter une loi de fermeture.  Elle est appliquée le 6 novembre 1946.

 

La loi est toujours en vigueur.

 

 

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* Rue Brise-Miche existe encore en bordure de Saint-Merri- 75001.

  • Elle est la seule rue à ne pas avoir été débaptisée parce qu'on pouvait penser qu'elle faisait référence aux petits pains distribués aux chanoines de l'église Saint-Merri !
  •  
  • Pudeur ou malice ?
  •  

** Rue du cygne est située entre la rue Turbigo et Bd Sébastopol - 75001

 

*** Rue de la Pute-y-muse, rebaptisée rue du Petit-musc, entre rue Saint-Antoine et le quai des Célestins - 75004

 

**** C'est l'Hôpital de la Salpétrière qui, dès le milieu du 18è s.,  accueille par charrettes entières les "filles de joie" ramassées par les sergents de la ville de Paris.  

 

 

 

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