Le Pont-aux-Tripes
à Paris.
Arrivée des Yvelines (Guyancourt), la Bièvre parcourt environ 5 kms à l’intérieur de Paris à travers nos 5è et 13è arrondissements. Là depuis toujours, elle traverse le quartier Saint Marcel, alimente de nombreux moulins comme celui de Croulebarbe*, puis est divisée en deux bras qui enserrent l’Ile aux Singes** (square René Le Gall) et, de nos jours sous la rue de Bièvre (5è ar.), court se jeter près du Pont d’Austerlitz.

Image : clioweb.canalblog.com
Au moyen-âge les mégissiers et les tanneurs parisiens ont besoin de beaucoup d’eau pour laver les peaux d'animaux avant de les travailler et les tanner. Au coeur de Paris, ils utilisent la Seine où l'endroit devient vite la Vallée de la Misère, actuel quai de la Mégisserie investi par les fleuristes.
Ils s’installent aussi en périphérie, aux bourgs Saint-Marcel*** et Saint-Médard, sur les bords de la Bièvre où les rejoignent les teinturiers : quartier des Gobelins, en bas de la rue Mouffetard, entre les rues Censier et du Fer à Moulin.

Photo : Marville.
Equarrisage et tannage des peaux.
Le bourg Saint-Médard relie le bourg Saint-Marcel à la ville. L’église Saint Médard**** en est le cœur spirituel, à quelques dizaines de mètres du Pont-aux-tripes dont le nom se passe d’explication. A l'époque, une boucherie, célèbre dans le Tout-Paris, vend d'ailleurs les meilleures tripes de la capitale tout en bas de la Rue Mouffetard. Son nom ? "Le Pont-aux-Tripes" !

Image : paperblog.fr
Séchage des peaux.
Le début du 20è siècle décide enfin l'assainissement de la capitale. Finies les odeurs nauséabondes causées par les déchets des mégissiers, tanneurs et teinturiers installés en bordure des eaux que la chaleur rend nauséabondes et irrespirables. La petite rivière est réaménagée de manière souterraine et les structures devenues inutiles disparaissent. Le Pont-aux-tripes également. Les boucheries-triperies demeurent mais le pont lui-même n'est plus qu'un souvenir.
* Le Moulin de Croulebarbe alimenté par la Bièvre et le Couvent des Cordelières sont encore repérables dans Paris. Les vestiges du couvent, dans les jardins de l'Hôpital Broca et le moulin, par un marquage au sol rue Croulebarbe à l'intersection avec l'ancienne rue du Chant de l'Alouette (13è ar.)

** L'ile aux singes est formée par les deux bras de la Bièvre. Les ouvriers des Gobelins***** y bénéficiaient de jardins potagers. Actuellement, existent encore des "jardins partagés" par les habitants du quartier. Des pans de murets bordant la rivière subsistent ici ou là.
*** L'historique du bourg Saint-Marcel est indissociable des mythes fondateurs de Paris.
**** La construction de l'église Saint-Médard (15è au 18è ), sur une chapelle post-mérovingienne, est interrompue non seulement par les guerres de religion mais surtout par un scandale retentissant appelé Le Tumulte de Saint-Médard. ou Les Convulsionnaires de Saint-Médard. Ils commirent le saccage de l'église au cours d'une violente altercation entre catholiques et protestants en 1561.
***** C'est dans le quartier des Gobelins, que l'Hostel de la Reine Blanche témoigne de la présence mouvementée du couple royal formé par Isabeau et Charles lors d'un charivari mémorable.
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